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AFGHANISTAN
Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
• Avec juste raison vous vous êtes saisis d’un débat sur l’augmentation du contingent militaire français en Afghanistan. • Avec juste raison beaucoup d’entre vous ont protesté contre la volteface du Président de la République, de plus annoncée devant la représentation nationale d’un pays étranger. • Et avec juste raison beaucoup d’entre vous s’interrogent sur le fondement d’une telle décision. Vous n’aurez pas la réponse auprès du président de votre assemblée si l’on en juge par la pauvreté des arguments avancés dans la presse du dimanche 30 mars dernier, rassassant des slogans sans consistance, tels que la lutte contre le terrorisme, ou la lutte contre l’organisation mythique d’Al-Qaida, dont aucun spécialiste ne saurait décrire la consistance.
Il y a trente ans, en décembre 1979, un certain Georges Marchais a fait rire la France entière en justifiant à la télévision l’invasion soviétique par la nécessité de lutter contre le droit de cuissage qui sévissait encore de ce pays. À peine moins grotesque, les relais de Washington dans notre intelligentsia nous expliquent aujourd’hui à longueur d’antenne que le port de la burqa n’est toujours pas éradiqué. On ne sache pas qu’il est dans la tradition humaniste de la France d’aider à l’émancipation des femmes à coup de canon.
Nous demandons que l’on cesse immédiatement de participer à une intervention qui n’a de sens pour aucun des contributeurs à l’ISAF.
Ce n’est pas la tradition humaniste de la France de compromettre ses armes au nom de l’OTAN dont la mission est totalement à redéfinir comme vient de le souligner Hubert Védrine. Dès le débarquement en Afghanistan des forces anglo-américaines en octobre 2001, le monde découvrait effaré le niveau de compromission des administrations américaines successives avec les seigneurs de guerre locaux pour assurer la construction du gazoduc Daulatabad (Turkmenistan) - port pakistannais de Gwadar. Selon la procédure classique le premier travail des forces spéciales fut de s’assurer, en pénétrant dans le fief du mollah OMAR, de toutes les archives afin qu’elles ne tombent pas dans des mains trop curieuses. On aimerait croire que le véritable enjeu de cette guerre n’est pas resté ce gazoduc.
Les milliers de civils innocents tués "par erreur" depuis octobre 2001 ne troublent pas les nuits du bon docteur en charge de la diplomatie française. Le nombre de civils afghans tués dans des bombardements auxquels participent malheureusement des avions français, se montent désormais à plusieurs centaines, selon la presse américaine elle même.
L’un de vos jeunes collègues très inexpérimenté s’est laissé aller à compenser son inculture patente par une morgue de très mauvais aloi, ce Frédéric Lefebvre nous disant au journal de vingt heure "on ne va tout de même pas solliciter l’avis du parlement toutes les fois que l’on envoie 1.000 hommes en opération !". Alors qu’au contraire la commission de la Défense aurait dû être en première ligne pour examiner un minimum de données objectives loin de tout esprit partisan et travailler sur quelques chiffres, en auditionnant les responsables de Services de renseignement extérieurs. Même présidée par cet inconditionnel de la banière étoilée qu’est Guy Tessier. N’écrivait il pas dans Le Figaro du 20 octobre 2001 "la retenue et la lucidité de l’administration Bush dans la conduite de la guerre sont patentes". Un mois plus tard c’était le carnage de la prison de Qalat-e-Djangi avec 700 prisonniers talibans de tous pays, littéralement assassinés, action sur laquelle il n’y aura jamais d’enquêtes.
Quand les Allemands et les Hollandais prirent le commandement de l’ISAF en février 2003, la question de l’avenir de la mission faisait déjà débat avec de vives inquiétudes au sein de l’OTAN. Cinq ans après, dans un pays un peu plus grand que la France en superficie, à la géographie particulièrement rude, multi ethniques, le contingent de l’ISAF a progressivement augmenté jusqu’à atteindre autour de 47.000 hommes, à la mission mal définie et qui doutent eux-mêmes du bien-fondé de leur engagement. Le désordre dans ces missions est tel que la presse annonce le 27 mars dernier que le Canada finance des écoles coraniques "modérées" ... La représentation nationale ne pouvait qu’être alertée sur la frivolité de notre participation dès lors que Rama Yade et André Glucksman accompagnaient le Président de la République en décembre 2007 pour une escale de deux heures. Nous refusons de succomber à cette médiocre dialectique selon laquelle ne pas obtempérer aux ordres des Etas Unis d’Amérique relèverait d’un "anti-américanisme primaire". Malheureusement trop souvent reprise aux plus hauts niveaux de notre gouvernement. La France n’a pas de leçons à recevoir sur ses responsabilités en Afghanistan. Elle a largement rempli son devoir en travaillant étroitement avec le commandant Massoud pendant toute la durée de l’invasion soviétique. Nous avons ainsi l’avantage de bien connaître ce terrain, et de pouvoir solliciter beaucoup de spécialistes pour nous éclairer. Aujourd’hui il est du devoir de la représentation nationale d’obtenir les vrais raisons de ce revirement. Exposés sur des lignes de front, de jeunes français vont se faire tuer sans que personne ne comprenne jamais le sens de leur sacrifice. Et alors que notre diplomatie est inaudible dans la partie compliquée qui se joue au Pakistan.
On ne peut qu’être dramatiquement inquiet de la concomitance avec le projet de rejoindre le commandement intégré de l’OTAN. Sans y être à ce jour, on voit déjà ce que cela donne. Qu’en sera-t-il quand nos armes n’auront plus qu’à servilement obéir au couple Washington-Londres ?
Henri Fouquereau, Secrétaire général du Forum pour la France