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Envois de renforts français en Afghanistan : l’intervention que NDA a été empêché de prononcer !

mardi 1er avril 2008 à 14h23

Débat parlementaire sur l’envoi de renforts français en Afghanistan Projet d’intervention de Nicolas DUPONT-AIGNAN Mardi 1er avril 2008

Monsieur le Premier Ministre,

Vous êtes un homme trop avisé pour croire un instant que les renforts de soldats français en Afghanistan permettront d’empêcher le retour des Talibans. Il est évident que la manière dont est conduite cette intervention en empêche par avance la réussite.

Non pas qu’il faille déserter devant les Talibans : mais ce n’est pas en faisant le jeu d’une coalition qui se comporte comme une armée d’occupation que l’on viendra à bout de ces fanatiques.

Ce matin, lors d’une émission de radio, vous avez posé trois conditions au renforcement de l’engagement français en Afghanistan : accroissement du programme de reconstruction, accélération de « l’afghanistanisation » du conflit et maintien des autres contingents. Pour autant, les choses étant ce qu’elles sont, vous savez bien que ces conditions ne pourront être remplies. Je déplore d’ailleurs que vous n’ayez pas posé d’autres conditions, qui eussent été bien plus utiles à la résolution du conflit : l’internationalisation massive de la présence étrangère en Afghanistan sous la houlette opérationnelle de l’ONU, l’engagement d’autres pays n’appartenant pas à l’OTAN, l’augmentation réelle et rapide de l’aide à reconstruction. Cela, ce serait le seul moyen de regagner la confiance des Afghans et de les éloigner des Talibans, que les excès et l’aveuglement des armées occidentales ont remis en selle dans un pays qui, pourtant, les haïssait il y a encore quelques années à peine !

En vérité tous les experts, les chefs d’Etat major de nos armées ont mis en garde le Président de la République contre cette aventure qui exposera la vie de nos soldats sans aucun bénéfice militaire, tant la situation est détériorée là bas.

On ne peut pas en effet extirper les racines du terrorisme en appuyant une armée d’occupation qui échouera comme ont échoué les Soviétiques et, avant eux, les Anglais.

En vérité, cet engagement des troupes françaises ne répond qu’à un objectif politique du Président Sarkozy. Devenir le meilleur élève de l’Alliance Atlantique, autant dire le chouchou des Etats-Unis, avant le sommet de Bucarest. Oui, l’envoi de renforts français en Afghanistan est essentiellement dicté par l’envie de donner des gages de bonne conduite au président BUSH !

Au moment où le peuple américain s’apprête à désavouer le Président Bush pour sa politique étrangère funeste. Au moment où nos amis allemands, avec raison, refusent de s’engager plus avant dans ce guêpier, le Président croit jouer fin en préparant le retour de la France dans l’OTAN.

Ce faisant, il entraîne notre Nation dans une impasse.

Une impasse stratégique, tout d’abord, car l’OTAN, nécessaire à l’époque de la menace soviétique, ne correspond plus aux besoins du XXIème siècle. C’est un contresens historique de croire que l’on pourra bâtir une défense européenne en transformant de l’intérieur une Alliance qui reste sous la haute main des Etats-Unis, pour servir en priorité leurs propres intérêts. Intérêts d’ailleurs, qui sont loin d’épouser toujours ceux de la France et de l’Europe, comme l’a amplement démontré la guerre en Irak !

La Défense européenne ne pourra naître que d’une coopération librement consentie et indépendante entre pays européens, qui devront enfin définir une stratégie distincte de la politique étrangère des Etats-Unis. Sa crédibilité et l’adhésion des peuples d’Europe sont, vous le savez, à ce prix.

Impasse diplomatique ensuite. Ce faisant, vous rompez avec 50 ans de politique étrangère et de défense indépendantes. Si le prestige de la France dans le monde, sa force morale, sont plus élevées que sa puissance effective, c’est bien parce que jusqu’à maintenant tous les successeurs du Général de Gaulle ont compris que la liberté de la France était sa force. De Gaulle le disait lui-même : tenir son rang, ce n’est pas nécessairement être le plus puissant, mais c’est être à la hauteur de l’histoire.

En rompant avec cet esprit d’indépendance nationale qui forçait le respect des peuples de la terre, qui jetaient des ponts entre les religions et les cultures grâce à une conception laïque et universelle de l’Humanité, vous rapetissez notre pays. En faisant allégeance aux Etats-Unis d’Amérique au moment où l’hyper puissance américaine se réduit au profit d’un monde multipolaire, vous privez la France et l’Europe de sa carte essentielle : sa liberté de conduite.

La France doit garder sa marge de manœuvre pour établir un vrai partenariat avec la Russie.

En épousant la cause des plus hasardeuses de la lutte contre « l’axe du mal », vous rendez service aux fanatiques islamistes, qui étaient gênés jusqu’à présent par le refus de la France de s’inscrire dans un « choc des civilisations » particulièrement réducteur.

Enfin, au moment où les électeurs français vous ont rappelé qu’ils attendaient le respect des promesses présidentielles, comment s’engager dans une rupture qui n’a pas été préparée ni annoncée ?

Le 26 avril 2007 le Président avait même rassuré les Français en leur laissant entendre qu’il poursuivrait le retrait de nos troupes, engagé par Jacques CHIRAC. Aujourd’hui, cette volte-face participe de ce mépris du peuple qui s’est, hélas, déjà manifesté lors de la ratification parlementaire de la Constitution européenne bis signée à Lisbonne.

Grâce au Général de Gaulle et à tous ses successeurs, la politique étrangère de la France répondait avant tout à l’intérêt de la France et à une certaine conception du monde, fondée sur la justice et la liberté. Car vous le savez bien, pour qu’il y ait adhésion populaire à une politique, il faut bien sûr de la cohérence entre les orientations et les intérêts de la Nation tout entière.

En rompant avec cette cohérence générale, vous vous priverez un peu plus du soutien du peuple français, sans pour autant gagner le respect ni des Etats-Unis d’Amérique, ni de la Grande-Bretagne, ni des pays européens, ni enfin de nos amis hors d’Europe.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député non-inscrit de l’Essonne Président de Debout la République